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Turquie : quels risques de contagion ?

Les autorités turques devraient suivre un plan de gestion de crise plus classique, selon certains observateurs. Le risque de contagion devrait être limité.

La Turquie s’enfonce dans la crise et pour l’heure, le plan d’action des autorités turques ne parvient pas à enrayer la chute de la lire turque.

Source : Morningstar Direct

La situation

La lire turque s’est déprécié de 25% sur un mois et de 40% depuis le début de l’année. Cette chute de la devise reflète à la fois un contexte géopolitique (tensions avec les Etats-Unis) et d’importantes difficultés économiques, même si ces dernières ne sont pas nouvelles (rappelons-nous des « Fragile Five » en 2015, dont la Turquie faisait déjà partie).

Comme le montre le tableau suivant, la balance courante est déficitaire, le chômage et l’inflation sont élevés. Même si la croissance se tient bien, le PIB par habitant en dollars n’a cessé de reculer ces dernières années et une part significative de la dette est détenue par des non-résidents. 

Quelle sortie de crise ?

Pour les économistes de Nomura, les mesures prises pour éviter la spéculation et une poursuite de la chute ont été insuffisantes. Le pays devrait s’en tenir à un plan d’action plus classique, en particulier une hausse des taux directeurs très significative pour calmer les marchés et ramener l’inflation à un rythme sous contrôle.

L’autre volet concerne les relations avec les Etats-Unis, en particulier pour limiter le risque de nouvelles sanctions. Cela est d’autant plus important qu’environ un tiers des obligations et actions turques seraient aux mains d’investisseurs américains.

L’impact sur l’économie européenne et les banques

Le principal canal de transmission du risque turque aux marchés actions en Europe a été celui des banques. Quatre institutions en particulier – BBVA, Unicredit, BNP Paribas et ING – sont les plus exposées, en raison notamment de leur participation dans des établissements de crédit turcs. L’Espagne serait de loin le pays le plus exposé, suivi par l’Italie et la France.

Cela dit, le secteur non bancaire est lui aussi exposé au marché turc (près de 135 milliards de dollars contre 49,7 milliards pour les banques, sur un total de 223,3 milliards de dollars, le reste relevant du secteur public).

Face aux inquiétudes de la BCE, le spread de crédit des banques européennes (CDS) s’est tendu, après avoir déjà monté suite aux résultats des élections en Italie. Toutefois, il reste très en-deçà des niveaux observés au plus fort de la crise de la zone euro (2010-2012).

Source : Nomura

Le risque de contagion aux marchés émergents

Le risque de contagion aux autres marchés émergents est relativement limité, en particulier en Asie. Mais la crise turque focalise l’attention du marché sur la situation des pays émergents.

Du strict point de vue de la balance des paiements, la situation turque est l’une des pires du moment (mais c’est aussi vrai d’autres économies émergentes d’Europe, comme la Roumanie, la Hongrie ou la Pologne).

En Asie et en Amérique Latine, les tensions sont moins importantes. On notera le cas de Hong-Kong où des fragilités existent, en particulier dans le secteur immobilier. L’Afrique du Sud et les Philippines montrent quelques signes de faiblesse, mais d’une importance moindre selon les données réunies par Nomura (tableau).

Source : Nomura

Les fonds vendus en France exposés à la Turquie

Les fonds les plus exposés, en dehors des ETF dédiés, sont principalement des fonds d’actions turques, des fonds d’actions émergentes soit dédiés à l’Europe émergente ou globaux.

Fonds ayant une exposition supérieure à 5%

Source : Morningstar Direct

 

 Liste des fonds agréés à la vente en France ayant une exposition supérieure à 1,5%

 

 

 

 

Sources : Morningstar