Les marchés financiers ont cette capacité singulière à regarder vers l'avenir. C'est précisément ce qui explique qu'ils puissent progresser alors même que l'actualité semble dominée par les incertitudes. Pourtant, à observer les niveaux atteints par de nombreux indices boursiers, une question mérite d'être posée : les investisseurs ne sont-ils pas devenus excessivement, donc trop, optimistes ?
Les raisons de prudence ne manquent pourtant pas. Les tensions géopolitiques demeurent élevées, qu'il s'agisse de la situation tendue au Moyen-Orient, de la guerre en Ukraine ou des rivalités croissantes entre les États-Unis et la Chine. De plus, les déficits publics atteignent des niveaux rarement observés en période d'expansion économique et les banques centrales poursuivent un exercice d'équilibriste délicat entre soutien à la croissance et maîtrise de l'inflation.
Malgré cet environnement complexe, les marchés continuent d'afficher une remarquable résilience. Les primes de risque restent modérées, les spreads de crédit contenus et les investisseurs semblent convaincus que l'économie mondiale saura éviter les scénarios les plus défavorables. Cette confiance repose en grande partie sur les perspectives de croissance des entreprises, notamment dans les secteurs liés à l'intelligence artificielle et à la transformation numérique. Les gains de productivité attendus, la solidité des bénéfices des grandes entreprises et l'espoir d'un assouplissement progressif des politiques monétaires nourrissent un scénario largement favorable aux actifs risqués.
Cependant, toute période d'optimisme mérite d'être analysée avec discernement. L'histoire des marchés nous enseigne que les phases de hausse prolongées s'accompagnent souvent d'un phénomène de concentration. Aujourd'hui, une part significative de la performance des marchés actions est portée par un nombre limité de valeurs, principalement américaines. Cette concentration n'est pas nécessairement un problème en soi, mais elle accroît la sensibilité des portefeuilles à quelques thèmes d'investissement dominants.
Par ailleurs, les valorisations observées sur certains segments du marché traduisent des attentes particulièrement élevées. Lorsque les anticipations sont si ambitieuses, la moindre déception peut entraîner des ajustements parfois brutaux. Le risque n'est donc pas tant celui d'une crise imminente que celui d'un environnement où les bonnes nouvelles sont déjà largement intégrées dans les cours.
Faut-il pour autant réduire son exposition aux marchés ? Nous ne le pensons pas. Tenter d'anticiper les retournements de marché est un exercice souvent périlleux. Les investisseurs qui ont quitté prématurément les marchés lors des précédentes phases de hausse en ont généralement payé le prix à long terme. La véritable question n'est pas de savoir si les marchés sont trop optimistes aujourd'hui, mais si les portefeuilles sont suffisamment robustes pour faire face à différents scénarios demain.
Dans ce contexte, la diversification retrouve toute sa pertinence :
- Diversification géographique d'abord, afin de ne pas dépendre exclusivement de la dynamique américaine.
- Diversification sectorielle ensuite, pour éviter qu'une poignée de thématiques concentrent l'essentiel du risque.
- Diversification des classes d'actifs enfin, alors que le retour de rendements obligataires attractifs permet à nouveau aux obligations de jouer pleinement leur rôle dans la construction des portefeuilles.
La gestion diversifiée ne consiste pas à prédire l'avenir. Elle vise à construire des portefeuilles capables de traverser des environnements variés, qu'ils soient favorables ou plus difficiles. Lorsque le consensus devient particulièrement confiant, il est souvent utile de se rappeler que les risques les plus importants sont précisément ceux que personne n'anticipe.
L'optimisme des investisseurs n'est pas nécessairement excessif. Il reflète la confiance dans la capacité des entreprises à s'adapter et à innover. Mais cette confiance ne doit pas conduire à oublier un principe fondamental de l'investissement : la diversification n'est jamais aussi précieuse que lorsqu'elle paraît superflue. Dans un environnement où les certitudes semblent nombreuses, la prudence ne consiste pas à se retirer des marchés, mais à s'assurer que le portefeuille reste préparé à l'imprévisible. C’est tout le sens de la délégation de gestion et des gestions diversifiées.
Kamal CHANCARI - Gérant Actions & Responsable de la GSM et de la Gestion Diversifiée
