Le mois de mars 2026 restera comme l’un des épisodes les plus heurtés de ces dernières années. Le conflit avec l’Iran a ravivé brutalement les craintes d’inflation via la flambée des prix de l’énergie, entraînant une violente rotation de marché : repli marqué des actions, tension sur les taux souverains et regain d’aversion au risque.
Dans ce contexte, les valeurs de Qualité – qui constituent le cœur de notre style de gestion – ont, à court terme, sous performé. Ce mouvement peut surprendre : historiquement, ces entreprises, caractérisées par des bilans solides, une forte génération de trésorerie et des positions concurrentielles établies, ont plutôt vocation à amortir les chocs macroéconomiques. Cette fois, elles ont été emportées par le réajustement brutal des anticipations de taux d’intérêt, les investisseurs exigeant une prime de risque plus élevée pour des profils de croissance visible et de durée longue. Autrement dit, la correction a davantage traduit un ajustement de valorisation lié à la remontée attendue des taux qu’une remise en cause des fondamentaux de ces sociétés.
En parallèle, un autre phénomène s’est amplifié : le désengagement massif des « perdants de l’IA ». Récemment, le marché a distingué de plus en plus clairement les sociétés perçues comme gagnantes de la révolution de l’intelligence artificielle de celles dont les modèles d’affaires apparaissent fragilisés ou dépassés. Les éditeurs de logiciels traditionnels, certains services numériques et des acteurs très endettés du crédit privé exposés à l’IA ont été sévèrement sanctionnés. Le conflit iranien et la montée de l’aversion au risque ont servi de catalyseur à ce mouvement, accélérant les sorties sur ces segments déjà sous pression.
Ce double effet – correction des valeurs de Qualité et purge des « perdants de l’IA » – a créé une situation de marché atypique où, pour la première fois depuis longtemps, une partie significative de l’univers de la Qualité se traite à des niveaux de valorisation proches de ses plus bas relatifs. L’écart de valorisation entre l’indice MSCI Europe Quality et le reste du marché, s’il reste positif, se situe désormais dans le bas de sa fourchette historique, à des niveaux comparables à ceux observés fin 2013. Or, les deux années qui avaient suivi ce point bas avaient vu les valeurs de Qualité surperformer nettement le marché.
Pour nous, cela ne traduit pas une remise en cause du fondamental de la Qualité, mais une dévalorisation temporaire au sein d’un mouvement de marché dominé par les flux et les effets de rotation sectorielle. Dans ce contexte, nous avons, courant février, progressivement allégé notre exposition aux “perdants de l’IA” pour renforcer nos positions sur les entreprises de Qualité qui, selon nous, disposent de trois atouts essentiels pour la suite :
- la capacité à absorber des chocs de coûts grâce à leur puissance de fixation des prix et à leur discipline opérationnelle ;
- la faculté à s’adapter aux ruptures technologiques, y compris l’IA, en l’intégrant comme levier de productivité plutôt qu’en la subissant
- un profil de risque structurellement plus maîtrisé, qui reste un facteur clé dans un monde plus incertain.
La sous-performance de ces valeurs ouvre, selon nous, des points d’entrée attractifs sur les dossiers dont les fondamentaux n’ont pas changé, mais dont les valorisations se sont ajustées. Notre conviction demeure la même : sur la durée, ce sont les entreprises solides, bien gérées, capables d’investir, d’innover et de traverser les cycles, qui créent le plus de valeur. C’est autour d’elles que nous continuerons de construire nos portefeuilles. D’ailleurs, ces valeurs ont mieux performé dans le rebond observé jusqu’à présent en avril permettant à notre gamme de fonds action de bien se comporter par rapport au marché.
Au-delà de ce contexte de marché, plusieurs dynamiques structurelles renforcent nos convictions d’investissement. La géopolitique de l’énergie remet au premier plan les enjeux de souveraineté et d’indépendance énergétique, accélérant les besoins d’investissement dans les infrastructures et les solutions bas carbone (lire l’édito de Laurent Pancé, « Géopolitique de l’énergie : vers une souveraineté renforcée »). Parallèlement, le marché de l’emploi des cadres se recompose autour des compétences liées à la décarbonation, signe que la transition s’ancre désormais au cœur des modèles économiques (lire l’édito de Bruno Vacossin, « Destruction créatrice » dans l'emploi des cadres »). Enfin, avec Palatine Planète, nous cherchons à capter ce nouveau « super-cycle » d’investissement en finançant les acteurs européens qui apportent des réponses concrètes à ces transformations (Lire l’édito de Juliette Journo, « L’autonomie stratégique comme moteur d’un nouveau super-cycle d’investissement pour la transition énergétique »).
Parallèlement, la période récente a également été un révélateur de l’importance de la gestion active du risque dans nos allocations. Notre modèle propriétaire « Risk On / Risk Off » a joué un rôle clé pour ajuster rapidement nos expositions, protéger le capital au plus fort des tensions et capter le rebond une fois les signaux de normalisation revenus (lire l’édito de Kamal Chancari, « La maîtrise du régime de risque : retour sur une gestion agile de l’incertitude »).
Marie-Pierre GUERN - Directrice de la Gestion & Responsable ESG
